Vous avez tapé « échelle de Norwood » après avoir comparé votre ligne de cheveux à un schéma trouvé en ligne, et vous en êtes ressorti avec un chiffre — II, III, V — et pas vraiment de réponse. C'est normal : cette échelle a été conçue pour décrire une calvitie en un coup d'œil, pas pour diagnostiquer ni pour dire ce qui va encore fonctionner sur vous. Voici ce qu'elle mesure réellement, ce que la littérature dit de sa fiabilité, et surtout ce qui compte davantage que le stade pour savoir si un traitement médical peut encore agir.
L'échelle de Hamilton-Norwood, en bref
C'est l'anatomiste américain James Hamilton qui décrit le premier, en 1951, une classification de l'alopécie androgénétique masculine en huit stades évolutifs (I à VIII). Le dermatologue O'Tar Norwood la révise et la simplifie en 1975 — c'est cette version, aujourd'hui couramment appelée « échelle de Norwood » ou « Hamilton-Norwood », qui sert de référence : sept stades principaux (I à VII), avec des variantes notées « A » et un sous-type « vertex » pour les formes qui touchent surtout le sommet du crâne.
À quoi elle sert réellement — C'est un outil de description, utile pour donner un langage commun entre médecins ou pour planifier une intervention chirurgicale. Ce n'est pas un outil de diagnostic : il ne dit rien sur la cause de la chute, sa vitesse d'évolution, ni sur la réponse attendue à un traitement.
Les 7 stades, un repère visuel — pas un verdict
Dans les grandes lignes, la progression décrite par l'échelle va d'un recul discret des golfes temporaux à une calvitie étendue ne laissant qu'une couronne de cheveux sur les côtés et à l'arrière :
| Stade | Ce qu'il décrit |
|---|---|
| I | Ligne de cheveux quasi intacte, pas de recul notable |
| II | Léger recul des golfes temporaux, forme en « M » discrète |
| III | Recul plus marqué, considéré comme le premier stade visible pour l'entourage ; la variante « III vertex » ajoute un dégarnissement au sommet du crâne |
| IV | Golfes et zone du vertex qui s'étendent, séparés par une bande de cheveux encore fournie |
| V | La bande séparant golfes et vertex se rétrécit nettement |
| VI | Cette bande disparaît : golfes et vertex se rejoignent |
| VII | Forme la plus étendue : seule une couronne de cheveux subsiste sur les côtés et l'arrière |
Chez la femme, la chute suit un schéma différent — un élargissement progressif de la raie plutôt qu'un recul des golfes — décrit par une échelle distincte, celle de Ludwig ; nous l'abordons dans notre article sur la chute de cheveux chez la femme.

Ce que la recherche dit de sa fiabilité — même entre dermatologues
Une échelle plus subjective qu'il n'y paraît — Une étude publiée dans l'International Journal of Trichology a fait classer 43 photographies de cuirs chevelus par 7 dermatologues et 16 internes en dermatologie. Résultat : un accord inter-observateur limité (coefficient de corrélation intra-classe de 0,65), et aucune différence significative entre spécialistes confirmés et internes — l'expertise ne suffit pas à rendre la lecture du stade reproductible. Les auteurs concluent que l'échelle reste utile pour une classification générale, mais recommandent des mesures plus objectives (densité capillaire, test de lavage) pour un suivi précis.
Concrètement : deux médecins peuvent classer la même chevelure à des stades différents. Le chiffre affiché par un simulateur en ligne ou une clinique n'a donc pas la précision d'un examen clinique — encore moins celle d'une prise de sang ou d'une trichoscopie.
Ce qui compte plus que le stade : l'ancienneté et la vitesse de la chute
L'alopécie androgénétique progresse par un mécanisme précis : sous l'action de la DHT (dihydrotestostérone), le cycle de pousse du cheveu s'accélère et se raccourcit — le cheveu repousse plus fin, moins pigmenté, et tombe plus vite à chaque cycle. C'est cette miniaturisation progressive du follicule, pas le stade affiché sur une échelle, qui détermine la marge de manœuvre d'un traitement : un follicule encore miniaturisé reste une cible pour le minoxidil ou le finastéride, quel que soit le stade Norwood atteint.
Autrement dit : deux hommes classés « stade III » peuvent avoir des pronostics très différents selon que leur chute dure depuis six mois ou dix ans, et selon qu'elle continue de progresser vite ou s'est stabilisée. C'est cette histoire individuelle — pas le chiffre du stade — qu'un médecin évalue en consultation.
Stade avancé : traitement médical, greffe, ou les deux ?
Beaucoup de cliniques de greffe utilisent l'échelle de Norwood comme argument commercial : « vous êtes stade V, seule une greffe peut encore agir ». C'est trompeur. Selon la Société Française de Dermatologie, la chirurgie capillaire (microgreffes) s'adresse surtout aux alopécies stabilisées, en général chez des patients de plus de 30 ans — c'est-à-dire une fois que la chute active a ralenti, pas au moment où elle progresse encore. Or c'est justement pendant la phase active que le traitement médical a le plus à offrir : il vise à ralentir, voire stabiliser, la perte en cours — la greffe, elle, déplace des follicules déjà résistants à la DHT vers les zones dégarnies, une fois la situation stable.
Les deux approches ne s'opposent donc pas : un traitement médical bien conduit peut aussi être poursuivi après une greffe, pour protéger les cheveux natifs restants. Mais la décision — traitement seul, greffe, association des deux — se prend avec un médecin, sur la base de l'examen clinique et de l'histoire de la chute, jamais sur la seule lecture d'un stade Norwood.
Vigilance finastéride — Depuis le 16 avril 2026, l'ANSM impose une attestation d'information partagée entre le médecin et le patient avant toute initiation du finastéride 1 mg, en raison de troubles sexuels parfois persistants et d'effets psychiatriques (anxiété, dépression, plus rarement idées suicidaires) rapportés sous traitement. Ces risques doivent être exposés clairement avant toute prescription, quel que soit le stade de la calvitie.

Comment savoir, concrètement, où vous en êtes
Comparer sa ligne de cheveux à un schéma en ligne donne une idée générale, mais ne remplace pas un avis médical : seul un examen clinique — parfois complété d'une trichoscopie — permet d'évaluer la densité réelle, la miniaturisation des follicules et l'activité de la chute. Sur cette base, un médecin peut proposer un traitement adapté (minoxidil, finastéride, ou association des deux — nous détaillons les différences dans notre comparatif minoxidil ou finastéride) et orienter, si besoin, vers un chirurgien capillaire une fois la chute stabilisée.
Un médecin inscrit à l'Ordre évalue votre situation à partir de votre questionnaire et de vos photos, et vous oriente vers le traitement adapté — sans attendre un stade avancé.
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Questions fréquentes
Sources
- Hamilton (classification de) — Dictionnaire médical — Académie nationale de médecine (édition 2015, consulté en août 2026)
- Reliability of Hamilton-Norwood Classification (Guarrera et al.) — International Journal of Trichology (2009)
- Tout savoir sur l'alopécie androgénétique (mécanismes, prise en charge, chirurgie capillaire) — Dermato-Info — Société Française de Dermatologie (consulté en août 2026)
- L'alopécie androgénétique — Vidal (consulté en août 2026)
- Finastéride 1 mg et chute de cheveux : risques liés à la prise — ANSM (16 avril 2026)
Cet article a une visée informative et ne remplace pas une consultation médicale. L'échelle de Norwood est un outil descriptif dont la fiabilité, y compris entre spécialistes, est documentée comme limitée : elle ne permet ni diagnostic ni prédiction de réponse à un traitement. Les traitements évoqués (minoxidil, finastéride) sont des médicaments soumis à prescription : seul un médecin peut établir un diagnostic et décider d'un traitement adapté à votre situation. Les résultats varient selon les individus et ne sont pas garantis. Les visuels de cet article sont illustratifs et ne constituent pas un schéma médical. En cas de symptôme ou de doute, consultez un professionnel de santé.
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